Je vous ai laissé la dernière fois en vous promettant la seconde partie d’un billet sur les célébrations des 60 ans de l’État d’Israël. Beaucoup de temps s’est écoulé depuis, repos forcé oblige. Mais je suis chanceuse, le 24 juin approchant, mon billet pourra presque sembler d’actualité…
Il y a un an, alors que je débarquais tout juste en Israël, je vis les uns fêter avec exaltation les 40 ans de la réunification de Jérusalem devant le Mur des Lamentations alors que j’allais assister, quelques semaines plus tard, aux manifestations des autres qui dénonçaient avec conviction les 40 ans d’occupation des territoires palestiniens, près de ce qu’ils appellent le « Mur de la honte ». Cette année, encore des festivités, cette fois pour souligner les 60 ans de la création de l’État d’Israël. Et bien que le motif de la célébration fasse cette fois un peu plus consensus au sein de la société israélienne, j’ai encore regretté de n’avoir toujours pas trouvé le moyen de me scinder en deux pour suivre les cérémonies des uns et des autres… Lire la suite de l’article »
C’est toujours la même histoire. Au début, lorsqu’on approchait une heure du mat et qu’on glandait toujours à la maison, faisant le marathon du SMS pour déterminer où on allait se rencontrer, pour savoir qu’est-ce que l’un comptait faire ou encore pour demander à ceux déjà sur place si telle ou telle fête valait le déplacement, je commençais à m’impatienter. « Non mais on y va au party ou quoi? Mon brushing commence à frisotter avec cette humidité ». Et encore, même une fois dehors, tu arrêtes au AM : PM du coin (ils ont toujours ce spécial cette semaine : trois bières pour 18 shekels. Ca vaut le coup Hélène, et on n’arrivera sûrement pas là-bas les mains vides!). Alors tu sors du AM : PM avec ta bonne affaire, en n’oubliant surtout pas de décapsuler ladite avec le « débouche » accroché au bout d’un cordon de sécurité, service que toute bonne épicerie qui se respecte offre courtoisement à ses clients à Tel-Aviv.
La controverse entourant le boycott de la présente édition du Salon du livre de Paris, dont Israël est l’invité d’honneur cette année, a commencé il y a déjà longtemps et je n’ai pas envie d’en rajouter. S’agit-il vraiment d’une tentative de s’opposer à la politique israélienne dans les Territoires depuis 1967 ou, si l’on prend en compte qu’il s’agit de commémorer les 60 ans de la création d’Israël, de remettre en cause l’existence même de l’État d’Israël? Cela se discute mais je laisse le droit à ceux qui ont décidé d’y aller ou non de choisir la position qui convenait le mieux à leurs principes. Cela étant dit, j’ai trouvé toute la controverse plutôt dommage, car je persiste à croire que la littérature reste à ce jour l’un des meilleurs remèdes à l’ignorance de l’autre et, par voie de conséquence, à l’intolérance et la violence.
En 2002, j’ai commencé à m’intéresser à la littérature israélienne pour mes études de maîtrise en science politique. À quelques exceptions près, les manuels de sciences sociales avaient le don de m’endormir et, surtout, je n’y trouvais pas là les informations que je cherchais. Mon intuition de départ, dont je suis grandement redevable à Frédéric Encel et Thierry Hentsch, était que le conflit secouant Israël et la Palestine était d’abord et avant tout une affaire de représentations de soi et de l’autre qui, tels des parasites, gênent le règlement pragmatique du conflit. Lire la suite de l’article »
Dimanche dernier, je me rendais à Ashkelon et Sderot vivre la situation là-bas afin de mieux comprendre et de me faire ma propre idée. En complément à mon dernier billet La frousse à Sderot et Ashkelon que vous pouvez lire ci-bas, je vous propose d’écouter mon entrevue avec Sylvain Bouchard et Josey Arsenault à l’émission du matin Bouchard en parle (4 mars) sur les ondes de CJMF 93.3 à Québec.
Petit resto-café, centre-ville de Sderot. En direct pour la chaîne de télévision nationale, Uri Lévy et Nissim Keinan interviewent les quelques clients et votre humble chroniqueuse quant à l’intensification de la situation dans le sud du pays. Alors qu’une résidente s’enflamme, se plaignant qu’en sept ans rien de sérieux n’a été entrepris pour que cesse l’incessante pluie de kassamim (pluriel de kassam en hébreu)qui s’abat sur leur ville et que son commerce, bâti au fil des ans, est maintenant au bord de la faillite, la sirène d’alarme retentit – une kassam vient d’être lancée. Comme à leur habitude, les clients se planquent par terre alors que les piétons à l’extérieur courent se trouver un abri : nous avons exactement 20 secondes. Je me vois à l’écran, toujours assise, figée. Boum. Un sérieux boum, à tout juste 200 mètres. L’électricité coupe partiellement. Nos deux journalistes aguerris ne bronchent pas et continuent leur boulot. Je tremble, Keinan pose sa main sur moi, bienveillant « dont worry, you will be ok. It’s not Canada over here, he? ». Lire la suite de l’article »
Il y environ un mois, lorsque ma professeur d’hébreu a introduit son cours en nous enseignant les mots pigua hitabdut (attentat suicide), pachad (peur), etc. j’ai compris que j’avais moi aussi succombé à la Bubble qu’est Tel-Aviv. Je savais vaguement qu’il était arrivé quelque chose à Dimona le jour précédent, mais j’ignorais qu’il s’agissait d’un attentat suicide. Alors que d’ici on ne parlait que de la situation à Gaza ou encore de la sortie du second rapport Winograd, moi, je m’étais repliée sur moi-même, davantage préoccupée par mes soucis personnels. À l’image de beaucoup de Tel-Aviviens, j’étais coupée de ce qui se passait à quelques dizaines de kilomètres de chez moi. Je me suis alors révoltée contre moi-même et ressenti le besoin de prendre une pause de la city, de ses intrigues, de ses célébrations, de ses excentricités et de son bouillonnement qui vous hypnotisent, vous faisant trop facilement perdre de vue l’essentiel. Paniquée, j’ai contacté Ifat.
Lorsque j’ai commencé à écrire ces chroniques, des amis du Québec me demandaient ce que les Israéliens pensaient de la rencontre d’Annapolis qui venait tout juste d’avoir lieu ; maintenant, avec la venue en Israël d’un prestigieux touriste la semaine dernière, on veut savoir ce que les Israéliens ont pensé de cette visite.
D’abord, j’ai bien peur de devoir vous avouer que mes impressions quant au climat ambiant sont sûrement fort subjectives. De plus, comme j’en ai glissé un mot ailleurs sur ce blogue, l’éventail de positions et d’idées est si varié ici qu’il est difficile de dresser un portrait « voici ce que les Israéliens pensent ». Cela étant, et si la prudence est de rigueur, il est aussi possible de se risquer à dégager quelques constantes, au risque de répéter certains lieux communs. Lire la suite de l’article »
Au début du mois, mon copain et moi nettoyons l’appartement. A chaque fois, c’est pénible, on sait d’avance qu’on va se prendre la tête. Car il n’y a rien à faire, oubliez les négociations, il faut nettoyer selon sa manière. J’ai beau lui dire que j’entretenais mon chez-moi avant de le rencontrer et que tous les chemins mènent à Rome, il ne peut s’empêcher de garder anxieusement un œil ouvert sur tout ce que je fais, car vraisemblablement, de fois en fois, j’oublie l’une ou l’autre de ses savantes règles. “Non Hélène, il faut prendre l’Economica (version locale du Javel) pour bien laver ce type de surface” et s’ensuit alors une longue explication scientifique détaillée exposant pourquoi sa technique est la plus efficace. Et le ménage n’est qu’un exemple plutôt banal parmi tant d’autres de son attitude de ti-Joe-connaissant-paternaliste-qui-a-son-opinion-sur-tout. Quand il ne me fait pas part de sa nouvelle trouvaille mathématique pour que j’économise plus de sous, c’est sa critique personnelle de l’éditorial du jour, avec ses contre arguments finement élaborés, que je dois écouter attentivement. Et si au moins le gouvernement l’écoutait un peu plus, Israël ne serait pas au bord de la crise sociale et politique comme en ce moment!
“Chez nous, écrit Amos Oz, les chauffeurs de taxi savent exactement comment diriger le pays […]. Israël, ce n’est ni un pays ni une nation. C’est un forum passionné et tonitruant, un happening permanent. Chacun y va de son opinion et sait tout mieux que les autres. […]. Cette tradition, cette tendance à l’anarchie, au raisonnement, est au cœur de notre civilisation et il se trouve que j’aime assez ce trait, même lorsque cela m’insupporte ou que j’ai à en souffrir” 1. Et il se trouve que moi aussi, bien que j’ai l’air de m’en plaindre, j’aime assez ce trait. Profondément ancré dans le tempérament national, on le retrouve partout. Lire la suite de l’article »
La période des fêtes représente le moment privilégié de l’année pour les rassemblements de famille autour de l’odorante et généreuse cuisine traditionnelle de maman, le moment où l’on envoie une petite pensée à ceux que l’on aime.
À des milliers de kilomètres des miens, j’ai tenté du mieux que j’ai pu de recréer l’ambiance, malgré les 15 degrés Celsius qu’il faisait à Tel-Aviv. N’allant pas me lancer dans l’entreprise risquée de cuisiner un cipaille -de toute manière, il ne pourrait jamais être aussi bon que celui de ma mère- j’ai cuisiné à mon copain la « sauce à spag » de maman et acheté un kilo de clémentines. Attablés devant notre modeste festin en écoutant des airs de Noël via la radio web d’Espace Musique (SRC), mon copain et moi discutons avec enthousiasme de notre voyage au Québec que nous planifions faire d’ici quelques mois. Car au-delà des résolutions plus ou moins sérieuses que l’on prend le premier janvier, les fêtes de fin d’année sont également l’occasion de penser à ce qui s’en vient pour l’année à venir et de remettre en question nos choix.
Et au sujet de choix qui portent lourdement à conséquences, ma semaine a été riche en événements: d’abord, la rencontre à mon Ulpan d’un couple ayant quitté la France pour faire alya (immigration, littéralement « montée en Eretz Israel ») et ensuite le départ pour son Brésil natal d’un bon ami à moi ayant lui aussi tout laissé derrière lui quatre ans auparavant pour faire alya. Signes du temps ou pure coïncidence, ces événements allaient me faire réfléchir à ce pilier qu’a été l’immigration pour Israël et ce qu’il en est aujourd’hui. Lire la suite de l’article »